Myriam Voreppe
2014—2015

Un jardin de lotissement, quelques mètres autour de la maison, clôturé par un grillage. Une haie de pyracanthas aux boules rouges et quelques cyprès rapidement trop hauts.

Il y a des arbres.
Un cerisier, un catalpa, un tilleul qui grandit avec le temps, un acacia poussé spontanément. Et un petit arbre à branches poilues et retombantes, des balais, qu’il faut tailler régulièrement.

Sur la partie la plus haute est installée une balançoire en métal, verte et rouge. Les assises en plastique ont été remplacées par des sièges en bois foncé et un pneu de tracteur suspendu par des chaines. Quand l’élan est trop grand, un des montants se soulève. Et une bulle descend dans le bas du ventre.
A côté, un tas de planches de bois stockées sur des parpaings. Elles ont été achetées il y a quelques années pour construire la cabane. Elles sont longues et fines, avec l’écorce. On monte dessus, on prend de la hauteur.

Sous le catalpa, il y a une Mercedes blanche et un Land Rover, bien alignés dans le prolongement de la cour. Plus bas, un J9 à vingt places disposées en deux rangées de fauteuils reliés au centre par des strapontins. Une échelle fine monte le long de la porte arrière jusqu’à la galerie du toit.
Devant la Mercedes blanche, il y a une autre Mercedes. Grise. Un break.

Longtemps, plus loin, il y a eu une 4L verte le long de la maison. D’une couleur mate, après le nettoyage de la peinture d’origine. Il y a par endroits de gros cercles foncés dans la carrosserie, comme des plaies à peine sèches.
La 4L est toujours ouverte, à trois portes, avec des sièges moelleux montés sur des ressorts. Alors on entre pour jouer, on s’assoit derrière le volant, on manipule le clignotant allongé et le levier de vitesse à la verticale. On claque la portière.

On peut circuler autour de la maison.
Dans les deux sens. En vélo, c’est le mieux.
Il y a des descentes, une montée, les graviers.
On doit faire attention, on frôle les Mercedes, on lâche les pédales. On écarte les pieds comme pour repousser l’obstacle. On se frotte aux lorraines, on arrache une feuille - on dirait du plastique - ; on est habitués. Et on glisse le long des escaliers.
Il y a la plaque du réservoir de mazout aussi, elle est grande. Elle se cache derrière une bosse, et tape quand on passe. Des sensations.

Surtout, on monte dans les arbres.

On se suspend à une branche du cerisier et on y passe les jambes. On se balance et on attrape au dessus. C’est technique, on s’applique. On est fiers. On grimpe dans le catalpa et c’est tout un parcours. Se servir des éléments autour, monter sur le coffre de la Mercedes blanche, un pas sur le pare-choc arrière, puis sur la carrosserie. Se hisser sur la cuve en plastique blanc qui est posée là, entre la voiture et le tronc. Attraper à deux mains un des gros bouchons noirs, c’est démesuré. Poser le pied gauche dans un renfoncement et jeter la jambe droite sur le dessus. Un bruit creux et vide, il résonne, et le frottement de la peau sur la matière qui produit de l’électricité. Ça pétille.
Quand on est sur la cuve, on peut monter dans les branches.
Au coeur de l’arbre.

Je suis bien.




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